Langues: « Jusqu’en septembre, personne ne comprenait rien… »

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Largement remis en question tout au long de l’année 2015 à l’occasion de la mise en route de la réforme de la formation professionnelle, les cours spécialisés en langues sortent littéralement groggys de cette période agitée. Et s’ils abordent 2016 avec davantage de sérénité, certaines questions se posent encore.

Avez-vous entendu parler l’an dernier du mouvement des « hiboux » ? Si vous vous intéressez un tant soi peu aux formations en langues étrangères, vous avez peu de chances d’être passés à côté… Lancé au printemps 2015, ce mouvement initié par l’organisme de formation Lingeo, voulait tirer la sonnette d’alarme quant aux lacunes de la réforme initiée le 1er janvier précédent.

Pas étonnant que la charge ait été donnée à l’époque par un spécialiste en langues … Car ce domaine d’activité habituellement aux avant-postes de la formation continue connaissait alors de sérieuses difficultés, faute d’éligibilité au CPF. « 2015 a été pour beaucoup de centres de formation une année plus que difficile », explique Jennry Ferraris, responsable de la Cité des Langues (Groupe Inseec) spécialisée dans les formations longues et courtes à destination des particuliers comme des entreprises. « Les nouvelles règles étant mal expliquées et mal comprises du public comme des entreprises, tout s’est arrêté. Non seulement le financement DIF n’a eu aucun relais via le CPF, mais les financements issus des plans de formation des entreprises et de Pôle Emploi se sont eux aussi taris. ». L’éclaircie n’est survenue qu’en avril-mai avec l’éligibilité tardive au CPF des tests TOEIC et autres BULATS, laquelle a entraîné dans son sillage les parcours menant à ces tests. Avec à la clé une lente remise en ordre du paysage de la formation en langues.

 

Les langues rares encore largement oubliées

 

Reste que tout n’est pas encore parfaitement réglé. Notamment parce que les tests éligibles ne concernent que les langues les plus courantes : anglais, espagnol, allemand, français langue étrangère. Mais sont encore oubliés de nombreux idiomes tels que le russe, l’italien et le chinois. Dans ces cas précis, soit il n’existe pas de validation, soit elle s’avère peu adaptée aux besoins de la formation continue.  

 

Une difficulté confirmée par l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) qui enseigne aux particuliers comme aux entreprises les subtilités des langues orientales –chinois, japonais, vietnamien, coréen, tibétain, mais aussi arabe littéral, ou encore l’inuktitut… « Alors que nos formations étaient éligibles au DIF, nous n’entrons plus aujourd’hui dans le cadre du CPF, regrette Anne Duponchelle, responsable du management et du développement de la formation continue au sein de l’établissement. Même si nous assurons le déroulement de deux grands tests en chinois et en japonais, le HSK et le JLPT, leur préparation ne cadre pas avec le Compte personnel de formation. Dommage, car nous sommes très régulièrement contactés à ce sujet. Et une bonne partie des personnes venant à nos formations doivent les payer sur leurs deniers. » Les tarifs de l’Inalco –de quelques centaines à 1200 euros– ne sont pas les plus chers du marché, heureusement.

Très présent sur les langues rares, l’Institut propose également des formations aux civilisations étrangères, avec deux principales certifications en chinois et en arabe littéral. « Nous travaillons aujourd’hui à ce que notre Certificat pratique de langues et cultures orientales, le CPLCO soit inscrit sur les listes CPF pour septembre 2017 », complète Anne Duponchelle. De quoi replacer l’institut sur les rails de la réforme et aider ses élèves à bénéficier des bons financements.

 

2016 : année décisive pour le financement chez les plus de 300 salariés…

 

Du côté d’Ecsplicite, organisme spécialisé dans l’enseignement des langues en full-blended et principalement en anglais, on partage ce sentiment d’une année 2015 difficile. « Le fait de n’avoir jamais été spécialistes du DIF nous a permis de conserver l’essentiel de notre activité, se réjouit le fondateur et président Laurent Sorgato. Nous avons ainsi bénéficié du prolongement des grands plans de formation lancés dans les mois précédant la réforme. Cela dit, nous avons vraiment senti les entreprises s’interroger tout au long de l’année sur le nouveau contexte en place. Nous avons également constaté beaucoup de perplexité du côté des PME. Pour faire clair, jusqu’à septembre, personne ne comprenait rien. »

 

Qu’en sera-t-il de 2016 ? Laurent Sorgato livre un élément de réponse intéressant… « Depuis le 1er janvier dernier, les entreprises de plus de 300 personnes n’ont plus d’obligation légale de financement au titre des actions relevant du plan de formation… Financer va donc devenir un véritable choix d’investissement. Quels seront les décisions opérées par chaque acteur ? Là est bien la question. Personnellement, je trouve que l’on est proche de ce qui s’est passé voici dix ans, à la mise en place du DIF. A savoir un législateur souhaitant que l’individu maîtrise mieux son parcours de formation et des entreprises tentant d’optimiser l’utilisation de ce nouveau dispositif… »

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